Rapport d'atelier coparainé par l'IPBES et le GIEC sur la biodiversité et le changement climatique

De Citoyens pour le climat
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Atelier coparrainé par l'IPBES et le GIEC
Biodiversité et changement climatique
Rapport d'atelier

publié en anglais le 10 juin 2021
Traduction citoyenne non officielle

Sommaire

Avertissement

Le coparrainage du GIEC ne signifie pas que celui-ci certifie ou approuve ce compte-rendu et les recommandations et conclusions qu’il contient. Les documents présentés à l’Atelier/Réunion d’Experts et le compte-rendu de ces travaux n’ont pas été soumis à l’examen du GIEC.

Le coparrainage de l’IPBES ne signifie pas que celui-ci certifie ou approuve ce compte-rendu et les recommandations et conclusions qu’il contient. Les documents présentés à l’atelier et le compte-rendu de ces travaux n’ont pas été soumis à l’examen de l’IPBES.

Préface

Le changement climatique et la perte de biodiversité sont deux des problèmes les plus urgents de l'Anthropocène. Bien qu'il soit reconnu dans les cercles scientifiques et politiques que les deux sont interconnectés, dans la pratique, ils sont largement abordés dans leurs propres domaines. La communauté de recherche dédiée à l'étude du système climatique est quelque peu, mais pas complètement, distincte de celle qui étudie la biodiversité. Chaque problématique a sa propre convention internationale (la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et la Convention sur la Diversité Biologique), et chacune a un organe intergouvernemental qui évalue les connaissances disponibles (le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) et la Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques (IPBES)). Cette séparation fonctionnelle crée un risque d'identifier, de comprendre et de gérer de manière incomplète les liens entre les deux. Dans le pire des cas, cela peut conduire à prendre des mesures qui empêchent malencontreusement la résolution de l'un et/ou de l'autre de ces deux problèmes. C'est dans la nature des systèmes complexes d’avoir des résultats et des effets de seuil inattendus, mais aussi que les parties individuelles ne puissent pas être gérées indépendamment les unes des autres. L'atelier conjoint IPBES-GIEC s'est attaché à explorer ces liens complexes et multiples entre le climat et la biodiversité. Cet atelier et son rapport représentent la toute première collaboration conjointe entre ces deux organes intergouvernementaux et font donc date dans leurs histoires respectives.

La communauté scientifique travaille depuis un certain temps sur les synergies et les compromis entre climat et biodiversité. Une action entreprise pour protéger la biodiversité qui contribue simultanément à l'atténuation du changement climatique ou une action augmentant la capacité des espèces ou des écosystèmes à s'adapter aux changements climatiques qui ne peuvent être évités sont des exemples de synergie. Au contraire, des compromis négatifs peuvent survenir, par exemple, si une mesure prise pour atténuer le changement climatique via l’utilisation de la terre ou de l'océan pour absorber les gaz à effet de serre entraîne une perte de biodiversité ou d'autres avantages liés à la nature procurés par les écosystèmes touchés. Ce n'est qu'en considérant le climat et la biodiversité comme des aspects d'un même problème complexe - qui comprend également les actions, les motivations et les aspirations de gens - que des solutions qui évitent la maladaptation et maximisent les résultats bénéfiques peuvent être développées. La recherche de telles solutions est importante si la société veut protéger les acquis de la croissance et accélérer l'évolution vers un monde plus durable, plus sain et plus équitable pour tous. Le rôle de la science dans la gestion de la pandémie actuelle illustre comment celle-ci peut éclairer les décisions politiques et la société pour identifier des solutions possibles.

En tant que membres du comité scientifique directeur, nous sommes fiers d'avoir contribué à cette toute première collaboration entre le GIEC et l'IPBES. Notre première tâche consistait à sélectionner parmi nos communautés respectives un ensemble varié d’experts de premier plan venant du monde entier, puis de guider leur travail. Il a été difficile de mener à bien ce processus pendant la pandémie de COVID-19, et les échéanciers ont été déplacés et revus à de nombreuses reprises. Ce qui devait être à l'origine un atelier en présentiel accueilli par le Royaume-Uni en mai 2020 avec le co-parrainage de la Norvège s’est finalement tenu en ligne en décembre 2020. Les experts se sont remarquablement bien adaptés à ces changements et ont consacré beaucoup de temps et d'efforts à ce projet pour compenser l'incapacité de se rencontrer en personne, tenant de vigoureuses et stimulantes discussions à distance, que ce soit avant et pendant l'atelier ou pour préparer le rapport et les résultats scientifiques qui en sont issus.

Comme expliqué dans l'avertissement sur la première page de ce document, il s'agit d'un rapport d'atelier et non d'un rapport d’évaluation. Il s'agit néanmoins d'un document scientifique, qui a fait l'objet d'une relecture par 24 experts externes sélectionnés par le comité scientifique directeur de l'atelier, fournissant une représentation objective, une synthèse et une explication de l'ensemble des travaux publiés. Bien qu'il s'agisse d'un rapport d'atelier et, en tant que tel, non exhaustif, le rapport résume l'état émergent des connaissances pour éclairer la prise de décision et aide à montrer la voie vers des solutions pour la société et également pour la recherche scientifique en identifiant les lacunes à combler.

Nous espérons que ce rapport d'atelier coparrainé, et les résultats scientifiques associés apporteront une contribution importante aux évaluations en cours et futures du GIEC et de l'IPBES, et seront pertinents pour les discussions tenues dans le contexte de la COP 15 de la CDB et de la COP 26 de la CCNUCC, qui se tiendront toutes les deux en principe en 2021. Connecter les sphères du climat et de la biodiversité est particulièrement crucial au moment où le monde semble se préparer à des actions plus fortes sur ces deux sujets. Des actions urgentes, opportunes et ciblées peuvent minimiser les tendances préjudiciables et contrer l'escalade des risques tout en évitant des erreurs coûteuses et contre-productives. L'humanité n'a pas de temps à perdre et nous espérons que ce rapport éclairera ces actions urgentes vers « L'avenir que nous voulons ».

Introduction

La Plénière de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), lors de sa 7ème session tenue en avril/mai 2019, a adopté un nouveau programme de travail jusqu'en 2030 et a convenu de la préparation d'un document technique sur la biodiversité et le changement climatique, sur la base des éléments mentionnés ou contenus dans les rapports d'évaluation de l'IPBES et, à titre exceptionnel, les rapports d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), en vue d'informer, entre autres, la Conférence des Parties lors de la quinzième réunion de la Convention sur la diversité biologique, et lors de la vingt-sixième session de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique.

À cette fin, la Plénière de l'IPBES a demandé au Secrétaire exécutif de l'IPBES d'explorer, avec le secrétariat du GIEC, d'éventuelles activités conjointes relatives à la biodiversité et au changement climatique, incluant la possibilité de préparer conjointement le document technique mentionné ci-dessus.

À la suite de consultations informelles, l'option d'un atelier coparrainé avec le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est apparue comme une option possible.

Le Bureau a convenu de charger le Groupe de travail II de collaborer avec le secrétariat de l'IPBES pour étudier plus avant la proposition en termes de temps et de degré scientifique. Les coprésidents du Groupe de travail II, en consultation avec d'autres Groupes de travail, ont été invités à poursuivre les préparatifs et à présenter un plan au Comité exécutif du GIEC. Le document de réflexion qui définit, entre autres, les objectifs, les résultats, l'orientation, le calendrier et les informations sur le comité scientifique directeur de l'atelier coparrainé a été présenté à la 52e session du GIEC pour information sous la cote IPCC-LII / INF.7.

Le rapport d'atelier contribuera à la définition du cadrage et alimentera l'évaluation de l'IPBES sur les interactions entre la biodiversité, l'eau, l'alimentation et la santé dans le contexte du changement climatique, ainsi que le sixième rapport d'évaluation (AR6) et les rapports de synthèse du GIEC.

Objectifs

Les objectifs de l'atelier, conformément au document de réflexion de cet atelier, sont les suivants :

À la lumière de l'urgence de mettre la biodiversité au premier plan des discussions concernant les stratégies d'atténuation et d'adaptation aux changements climatiques terrestre et océanique, cet atelier coparrainé par le GIEC et l'IPBES aborde les synergies et les compromis entre la protection de la biodiversité et l'atténuation et l'adaptation au changement climatique. Cela comprend l'exploration de l'impact du changement climatique sur la biodiversité, la capacité d’adaptation des espèces au changement climatique et les limites de cette capacité d'adaptation, la résilience des écosystèmes face au changement climatique compte tenu des seuils de changement irréversible, et la contribution des écosystèmes aux boucles de rétroaction et à l'atténuation climatique, face au contexte d'une perte de biomasse et les risques associés pour des espèces clés de voûte et la biodiversité ainsi que les services écosystémiques (contribution de la nature aux êtres humains). Le rapport de l'atelier fournira les informations pertinentes pour la mise en œuvre de l'Accord de Paris, du Cadre mondial pour la biodiversité pour l'après-2020 et des Objectifs de Développement Durable.

Objet de l'atelier

L'atelier visait à donner un aperçu des relations entre la biodiversité et le changement climatique, notamment :

(a) Les impacts et les risques de futurs changements climatiques plausibles (par exemple, à différents horizons temporels et pour différents niveaux de réchauffement tels que 1,5°C, 2°C, 3°C et 4°C par rapport à l'ère préindustrielle, compte tenu des non-linéarités et seuils associés pour les changements irréversibles du système climatique et des écosystèmes) pour la biodiversité terrestre, d'eau douce et marine, les contributions de la nature aux Hommes et à la qualité de vie ;

(b) Les rétroactions des changements plausibles de la biodiversité sur les caractéristiques et les changements climatiques ;

(c) En s'appuyant sur les connaissances scientifiques ainsi que sur les connaissances autochtones et locales, l'atelier s'est ensuite concentré sur les opportunités d'atteindre simultanément des objectifs liés au changement climatique et à la biodiversité, et sur les risques d'examiner ces deux questions séparément, notamment :

(d) Les opportunités, les défis et les risques des choix d'atténuation et d'adaptation au changement climatique (par exemple, la bioénergie, la capture et le stockage du carbone, le boisement à grande échelle, le reboisement et la restauration des écosystèmes) pour la biodiversité, les contributions de la nature aux Hommes et à la qualité de vie ;

(e) L'impact de la préservation de la biodiversité et des pratiques d'utilisation durable sur les émissions de gaz à effet de serre (c'est-à-dire les rétroactions climatiques) ;

(f) Une évaluation des synergies, des compromis et de l'efficacité des politiques et des structures de gouvernance qui s'attaquent simultanément au changement climatique et à la perte de biodiversité à toutes les échelles, y compris dans les zones urbaines ;

(g) Les principales incertitudes scientifiques.

Processus

À la lumière des procédures pour les ateliers coparrainés (similaires pour le GIEC et l'IPBES), et compte tenu des retards dus à la pandémie, les mesures suivantes ont été prises :

  • Un comité scientifique directeur (en anglais, scientific steering committee, noté SSC) de douze personnes a été constitué, dont six sélectionnés par l'IPBES et six par le GIEC.
  • Le SSC a proposé les contours d’un bilan scientifique conjoint, composé de sept sections, a sélectionné un groupe de 50 experts, en tenant compte des équilibres entre les sexes, les nationalités et les disciplines, avec 25 membres sélectionnés par le GIEC et 25 par l'IPBES. Le SSC a réparti ces experts dans les 7 sections, chaque section ayant la moitié de ses experts de l'IPBES et la moitié du GIEC.
  • Pour relever les défis posés par la pandémie, et afin d'exploiter pleinement le nombre réduit d'heures disponibles pour un atelier virtuel par rapport à un atelier normal, les coprésidents du SSC ont supervisé un processus préparatoire, en amont de l'atelier consistant en une série de téléconférences pour commencer à discuter des résultats scientifiques attendus pour chaque section, à élaborer une liste de points et du texte pour ces points. Tous les participants sélectionnés ont participé à ce processus préparatoire.
  • L'atelier, initialement prévu pour mai 2020, organisé par le Royaume-Uni, avec le coparrainage de la Norvège, a eu lieu virtuellement du 14 au 17 décembre 2020. L'ordre du jour est reproduit ci-dessous. L'atelier a été ouvert par des représentants de ces deux pays, suivis des présidents du GIEC et de l'IPBES.
  • À la suite de l'atelier virtuel, les experts ont travaillé en ligne pour finaliser les textes de leurs sections respectives du bilan scientifique conjoint et ont mené une révision interne sur l’ensemble des sections.
  • Le rapport de l'atelier a été revu par des pairs pendant une période de trois semaines, entre le 9 et le 30 avril 2021, par un groupe de 24 relecteurs sélectionnés par le SSC, la moitié provenant de la communauté IPBES et l'autre moitié de la communauté du GIEC, et en tenant compte du sexe et des équilibres géographiques et disciplinaires. La liste des pairs relecteurs est reproduite à l'annexe 1 du présent rapport.
  • Le rapport de l'atelier a été révisé et finalisé par les experts, sous la direction du SSC, et publié.
  • Le support technique à l'atelier coparrainé a été fourni par le secrétariat de l'IPBES, en collaboration avec l'unité de support technique du Groupe de travail II du GIEC et avec le secrétariat du GIEC.

Résumé

Ce rapport d'atelier est placé dans le contexte des récents accords internationaux, notamment l'Accord de Paris, le Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020 et la préparation en cours du Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020, le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe et le programme 2030 pour le développement durable, qui convergent vers une résolution de la double crise du changement climatique et de la perte de biodiversité comme moyen essentiel pour soutenir le bien-être humain. La réalisation simultanée de ces accords repose sur des efforts immédiats et soutenus pour un changement en profondeur qui englobe les politiques technologiques et environnementales ainsi que des changements de structures économiques et des mutations profondes de la société. Les impacts du changement climatique et la perte de biodiversité sont deux des défis et des risques les plus importants pour les sociétés humaines ; dans le même temps, climat et biodiversité s’entremêlent par des liens mécaniques et des boucles de rétroaction. Le changement climatique exacerbe les risques pour la biodiversité et les habitats naturels et aménagés ; dans le même temps, les écosystèmes naturels et gérés ainsi que leur biodiversité jouent un rôle clé dans les flux de gaz à effet de serre, ainsi que dans le soutien à l'adaptation au climat. L'absorption par photosynthèse de plus de 50% des émissions anthropiques de CO₂ et le stockage de carbone résultant dans la biomasse et les matières organiques, ainsi que par la dissolution du CO₂ dans l'eau des océans, réduit déjà naturellement le changement climatique mondial (mais provoque l'acidification des océans). Cependant, les contributions de la nature à l'atténuation du changement climatique, fournies en partie par la biodiversité sous-jacente, sont compromises par la dégradation des écosystèmes résultant du changement climatique progressif et des activités humaines. En fait, la dégradation des écosystèmes par les changements d'usage des sols et les autres impacts sur les stocks et la séquestration naturels du carbone est un contributeur majeur aux émissions cumulées de CO₂ et, par conséquent, un facteur supplémentaire du changement climatique.

La mise en œuvre ambitieuse d'actions terrestres et océaniques pour protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes offre des co-bénéfices pour les objectifs d'atténuation du changement climatique, d'adaptation au climat et de biodiversité et peut contribuer à contenir la hausse des températures dans les limites envisagées par l'Accord de Paris, à condition que de telles actions soutiennent, et ne remplacent pas, des réductions ambitieuses des émissions provenant des combustibles fossiles et du changement d'usage des sols. Dans ce large contexte, l'atelier a exploré diverses facettes de l'interaction entre le climat et la biodiversité, des tendances actuelles au rôle et à la mise en œuvre de solutions basées sur la nature et le développement durable de la société humaine. Un résumé des conclusions de l'atelier est présenté ci-dessous :

Limiter le réchauffement climatique pour assurer un climat habitable et protéger la biodiversité sont des objectifs qui se renforcent mutuellement, et leur réalisation est essentielle pour fournir durablement et équitablement des avantages aux populations.

(1) L'augmentation de la consommation d'énergie, la surexploitation des ressources naturelles et la transformation sans précédent des terres, des eaux douces et des paysages marins1 au cours des 150 dernières années ont accompagné les progrès technologiques et permis une amélioration du niveau de vie pour beaucoup de personnes, mais ont également entraîné des changements climatiques et l'accélération du déclin de la diversité biologique dans le monde, tous deux impactant négativement de nombreux aspects d’une bonne qualité de vie. Une société durable nécessite à la fois un climat stabilisé et des écosystèmes en bonne santé. Cependant, 77 % des terres (hors Antarctique) et 87 % de la superficie de l'océan ont été modifiées par les effets directs des activités humaines. Ces changements sont associés à la perte de 83 % de la biomasse des mammifères sauvages et de la moitié de celle des plantes. Le bétail et les humains représentent désormais près de 96 % de toute la biomasse des mammifères sur Terre, et l’on compte plus d'espèces menacées d'extinction que jamais auparavant dans l'histoire de l'humanité. Le changement climatique interagit de plus en plus avec ces processus. Les rejets anthropiques de gaz à effet de serre provenant de la combustion de combustibles fossiles, de l'industrie, de l'agriculture, foresterie et autres usages des sols (AFOLU), dépassant désormais globalement les 55 GtCO₂e par an, continuent d'augmenter et ont déjà conduit à un réchauffement climatique supérieur à 1°C par rapport à la période préindustrielle2. Le changement climatique et la perte de biodiversité constituent des menaces significatives pour les moyens de subsistance humains, la sécurité alimentaire et la santé publique, et ces impacts négatifs sont ressentis de manière disproportionnée par les communautés socialement, politiquement, géographiquement et/ou économiquement marginalisées.

1. Le terme « paysage » est utilisé dans ce rapport pour représenter la région et les caractéristiques structurelles des environnements terrestres, marins et d'eau douce (échappées terrestres, marines, d'eau douce), voir glossaire.

2. Équivalent en dioxyde de carbone (CO₂e) : moyen pour placer les émissions de divers agents de forçage radiatif sur une base commune en tenant compte de leur effet sur le climat. Il décrit, pour une quantité et un mélange donnés de gaz à effet de serre, la quantité de CO₂ qui aurait la même capacité de réchauffement planétaire, lorsqu'elle est mesurée sur une période de temps spécifiée. (PNUE, 2020, voir glossaire). Selon le GIEC (2019), les activités d'agriculture, foresterie et autres utilisations des terres (AFOLU) représentaient environ 13 % du CO₂, 44 % du méthane (CH4) et 81 % des émissions de protoxyde d’azote (N2O) issues des activités humaines dans le monde en 2007-2016, représentant 23 % (12,0 ± 2,9 GtCO₂e par an) des émissions anthropiques nettes totales de gaz à effet de serre au cours de cette période. La réponse naturelle des terres aux changements environnementaux induits par l'homme a causé l’absorption nette d'environ 11,2 GtCO₂ par an entre 2007 et 2016 (équivalent à 29 % des émissions totales de CO₂).

(2) Le renforcement mutuel du changement climatique et de la perte de biodiversité signifie qu’une résolution satisfaisante d'un des deux problèmes nécessite la prise en compte de l'autre. Le changement climatique et la perte de biodiversité sont en étroite interaction et partagent des moteurs communs à travers les activités humaines. Les deux ont des impacts principalement négatifs sur le bien-être humain et la qualité de vie. Les concentrations accrues de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraînent des températures moyennes plus élevées, des régimes de précipitations modifiés, des événements météorologiques extrêmes plus fréquents, un appauvrissement en oxygène et une acidification des milieux aquatiques, dont la plupart nuisent à la biodiversité. Réciproquement, les changements dans la biodiversité affectent le système climatique, notamment par leurs impacts sur les cycles de l'azote, du carbone et de l'eau. Ces interactions peuvent générer des rétroactions complexes entre le climat, la biodiversité et les humains qui peuvent produire des résultats plus prononcés et moins prévisibles. Ignorer la nature indissociable du climat, de la biodiversité et de la qualité de vie humaine induira des solutions non optimales pour chacune de ces crises.

(3) Les politiques précédentes ont largement abordé, de manière indépendante, les problèmes du changement climatique et de la perte de biodiversité. Les politiques qui abordent simultanément les synergies entre l'atténuation de la perte de biodiversité et celle du changement climatique, tout en tenant compte de leurs impacts sociétaux, offrent la possibilité de maximiser les bénéfices conjoints et aident à répondre aux aspirations de développement pour tous. Au niveau international, de plus grandes synergies entre les accords environnementaux multilatéraux tels que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention sur la diversité biologique (CDB) ainsi qu'avec les Objectifs de Développement Durable pourraient faciliter simultanément l’arrêt de la perte de biodiversité mondiale et atténuer le changement climatique. Les questions transversales, les politiques intersectorielles et les cadres réglementaires sont des domaines dans lesquels de fortes synergies pourraient contribuer au profond changement sociétal nécessaire pour atteindre des objectifs ambitieux en matière de biodiversité, d'atténuation du changement climatique et de bonne qualité de vie.

(4) Au fur et à mesure que le changement climatique progresse, la répartition, le fonctionnement et les interactions des organismes, et donc des écosystèmes, sont de plus en plus altérés. Les écosystèmes et les espèces à répartition restreinte, proches de leurs limites de tolérance ou ayant une capacité limitée à se disperser et à s'établir eux-mêmes dans de nouveaux habitats, sont particulièrement vulnérables au changement climatique. Les risques d'extinction sont les plus élevés dans les îlots de biodiversité riche, telles que les montagnes, les îles, les récifs coralliens et les baies côtières, ou des fragments d'habitats autrefois plus étendus, maintenant séparés par des paysages terrestres, d'eau douce et marins altérés et moins favorables à la biodiversité. Le changement climatique causé par l'homme devient une menace directe de plus en plus prépondérante pour la nature et ses contributions aux populations. La perte de biodiversité affecte de manière disproportionnée les communautés et les groupes sociétaux qui dépendent le plus directement de la nature.

(5) La capacité d'adaptation de la plupart des écosystèmes et des systèmes socio-écologiques sera dépassée par le rythme soutenu du changement climatique anthropique, et une capacité d'adaptation importante sera nécessaire pour faire face au changement climatique résiduel, même avec une réduction ambitieuse des émissions. Les récifs coralliens tropicaux (forte sensibilité au réchauffement actuel et à l'acidification des océans), les savanes (changements de végétation dus à l'augmentation du CO₂ atmosphérique), les forêts tropicales (changements de végétation principalement dus à l'assèchement), les écosystèmes de haute latitude et altitude, les écosystèmes de climat méditerranéen (forte vulnérabilité aux niveaux élevés de réchauffement climatique en cours et prévisionnels) et les écosystèmes côtiers (exposés à de multiples facteurs) sont les écosystèmes parmi les plus vulnérables du monde, sont déjà fortement touchés et nécessitent une intervention vigoureuse pour maintenir et améliorer leur capacité d'adaptation. Les actions visant à améliorer la capacité d'adaptation des écosystèmes sont menacées par un changement climatique constant dépassant leurs limites d'adaptation - mettant en évidence l'importance de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C - et par des niveaux élevés d'autres facteurs de pression, tels que le changement d'usage des sols, la surexploitation ou la pollution.

(6) Dans un monde de plus en plus affecté par le changement climatique, le maintien de la biodiversité repose sur des efforts de préservation rehaussés et bien ciblés, coordonnés et soutenus par de solides efforts d'adaptation et d'innovation. La pression sur la biodiversité s'accroît du fait de menaces qui se multiplient, se diversifient et interagissent. Celles-ci découlent en fin de compte des exigences sociétales et économiques croissantes vis-à-vis de la nature, entraînées par des niveaux élevés de consommation d'énergie et de matériaux, en particulier dans les pays riches, et continueront donc à s'accélérer à moins qu'elles ne soient explicitement prises en compte, tout en permettant des résultats plus équitables en termes de qualité de la vie. Les objectifs mondiaux pour la biodiversité fixés pour 2020 (les objectifs d'Aichi pour la biodiversité) n'ont pas été atteints, augmentant l'urgence pour la préservation de la biodiversité de progresser rapidement en ambition et en portée.

(7) Les approches de préservation de la biodiversité telles que les aires protégées ont été essentielles pour les succès jusqu’à ce jour, mais dans l'ensemble, elles ont été insuffisantes pour endiguer la perte de biodiversité à l'échelle mondiale. L'insuffisance est due en partie à la fraction trop réduite du globe sous protection, actuellement d’environ 15 % des terres et 7,5 % de l'océan, mais aussi parce que les mesures de protection ont été, dans certains cas, mal conçues et/ou insuffisamment appliquées et respectées. Non seulement les aires protégées sont trop petites au total (et souvent individuellement), mais elles sont aussi fréquemment distribuées et interconnectées de manière sous-optimale, insuffisamment dotées en ressources et gérées, et risquent une dégradation, une réduction des effectifs et un déclassement. La fonctionnalité écologique en dehors des zones protégées est également actuellement insuffisante pour soutenir les humains ou la nature de manière appropriée à l'avenir. Les refuges climatiques, les couloirs de migration, les actions de préservation mobiles, l'adoption d'autres mesures de préservation efficaces par zone (OECM) en dehors des aires protégées, et la planification du déplacement des ceintures climatiques seront des éléments essentiels des futures approches de préservation. Une augmentation substantielle de la force de l'engagement et des ressources, à la fois techniques et financières, est essentielle lors de l'élaboration, de l’autorisation et de la mise en œuvre de stratégies de préservation pour relever les défis du 21e siècle.

(8) Un nouveau paradigme de préservation aborderait les objectifs simultanés d'un climat habitable, d'une biodiversité autosuffisante et d'une bonne qualité de vie pour tous. Les nouvelles approches incluraient à la fois l'innovation, ainsi que l'adaptation et la montée en puissance des approches existantes. Par exemple, la recherche d'interventions viables à bénéfices multiples se concentre sur la préservation des paysages multifonctionnels (qui incluent les paysages terrestres, d'eau douce et océaniques), plutôt que uniquement sur quelques éléments constitutifs de la nature pris isolément, tels que des habitats critiques ou intacts ou des espèces emblématiques. L'approche par paysage intègre une biodiversité fonctionnellement intacte avec la fourniture d'avantages matériels, immatériels et réglementaires, des échelles locales à plus étendues, liant des concepts d’économie de terres (en anglais land sparing) et de partage des terres (en anglais land sharing). Elle comprend des réseaux d'aires protégées et de couloirs, des paysages « de travail » ou « gérés » modifiés pour l'usage humain et des écosystèmes profondément transformés, tels que des zones urbaines et des zones d'agriculture intensive. Pour que ces nouvelles approches réussissent et soient durables, une participation itérative et équitablement organisée des communautés locales et des résidents concernés dans leur conception et leur mise en œuvre sera essentielle afin d'ancrer les solutions dans les économies, les besoins, la politique et les moyens de subsistance locaux.

(9) La surface de terre et d'océan intacte et efficacement protégée requise pour atteindre les trois objectifs d'un climat habitable, d'une biodiversité autosuffisante et d'une bonne qualité de vie n'est pas encore bien établie. Cette zone varie probablement dans l'espace, entre les biomes et avec les contextes locaux, mais elle est considérablement plus grande qu'à l'heure actuelle, avec des estimations mondiales allant de 30 % à 50 % des surfaces terrestres et océaniques. Un habitat intact suffisant dans des écosystèmes critiques riches en carbone offrirait des avantages substantiels pour l'atténuation du changement climatique, mais des approches innovantes et inclusives seront nécessaires pour éviter les risques potentiels pour la sécurité alimentaire et pour assurer d'autres flux d'avantages de la nature. Le maintien ou la restauration de 20% de l'habitat indigène dans les paysages habités / modifiés par l'homme peut offrir de telles opportunités, contribuant ainsi aux objectifs mondiaux en matière de climat et de biodiversité, tout en générant de multiples avantages, grâce à des solutions basées sur la nature et d'autres approches écosystémiques.

Plusieurs actions terrestres et océaniques visant à protéger, gérer et restaurer de manière durable les écosystèmes offrent des bénéfices conjoints pour les objectifs d'atténuation du changement climatique, d'adaptation au changement climatique et de biodiversité.

(10) Les actions de protection, de gestion durable et de restauration des écosystèmes naturels et modifiés qui répondent aux défis sociétaux tels que l'atténuation et l'adaptation au changement climatique sont souvent qualifiées de solutions basées sur la nature. Les solutions basées sur la nature (SbN)3 peuvent jouer un rôle important dans l'atténuation du changement climatique, mais leur portée est débattue et elles ne peuvent être efficaces qu'avec des réductions ambitieuses de toutes les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine. Les solutions basées sur la nature peuvent être les plus efficaces lorsqu'elles sont planifiées pour le long terme et ne sont pas étroitement axées sur la séquestration rapide du carbone. Les estimations des contributions potentielles des solutions basées sur la nature à l'atténuation du changement climatique varient considérablement et certaines actions proposées telles que le boisement à grande échelle ou les plantations bioénergétiques peuvent violer un principe important des solutions basées sur la nature - à savoir qu’elles devraient fournir simultanément des avantages pour le bien-être humain et la biodiversité. Les écosystèmes peuvent contribuer à atténuer le changement climatique au fil du temps, mais uniquement en complément de réductions rapides des émissions dans les secteurs de la production d'énergie, des transports, de l'agriculture, du bâtiment et de l'industrie pour respecter l'engagement de l'Accord de Paris de maintenir le changement climatique bien en dessous de 2°C. En outre, échouer à réduire substantiellement les émissions de ces secteurs devrait augmenter les risques liés au climat pour les systèmes naturels et réduire ou limiter leur capacité à contribuer à l'atténuation du changement climatique via des solutions basées sur la nature.

3. Il existe des définitions multiples de « solutions basées sur la nature ». Ce rapport d'atelier utilise la définition de l'UICN (2016) : « Les solutions basées sur la nature sont des actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer les écosystèmes naturels et modifiés, qui répondent aux défis sociétaux de manière efficace et adaptative, tout en offrant simultanément des avantages pour le bien-être humain et la biodiversité ». www.iucn.org/theme/nature-based-solutions. La définition englobe celle de l'adaptation basée sur les écosystèmes, « l'utilisation d'activités de gestion des écosystèmes pour augmenter la résilience et réduire la vulnérabilité des populations et des écosystèmes au changement climatique ». Il convient de noter que le terme « solutions basées sur la nature » ​​n'est pas universellement reconnue dans les politiques internationales (par exemple, « approches basées sur les écosystèmes » est le terme fixé pour ce type de mesures dans la Convention sur la diversité biologique), et que les scientifiques ont exprimé des inquiétudes quant à son utilisation, entre autres, parce que le terme est parfois utilisé pour désigner des mesures qui ont des impacts négatifs sur la biodiversité et la bonne qualité de vie.

(11) La mise en œuvre de solutions basées sur la nature génère également des co-bénéfices pour l'adaptation au changement climatique, pour la nature et ses contributions aux populations. En améliorant la capacité d'adaptation des écosystèmes, les solutions basées sur la nature peuvent également réduire l'exacerbation du changement climatique induite par les changements des écosystèmes. Dans ce contexte, la protection et la restauration de la biodiversité jouent un rôle important car une plus grande diversité génétique, d'espèces et d'écosystèmes contribue à réduire les risques face aux changements incertains du climat et à maintenir possibles les options d'adaptation. Le rapport coût-efficacité et la désirabilité sociétale des actions visant à accroître la capacité d'adaptation en mettant en œuvre des solutions basées sur la nature varient dans le temps et dans l'espace, et il existe des exemples de résultats perdant-perdant et gagnant-gagnant pour la biodiversité et le climat.

(12) Éviter et inverser la perte et la dégradation des écosystèmes riches en carbone et en espèces sur terre et dans l'océan est de la plus haute importance pour les actions combinées de protection de la biodiversité et d'atténuation du changement climatique avec d'importants co-bénéfices d'adaptation. Des réductions significatives de la destruction et de la dégradation des écosystèmes forestiers ; des écosystèmes terrestres non forestiers tels que les zones humides et les tourbières, les prairies et les savanes ; et des écosystèmes côtiers tels que les mangroves, les marais salants, les forêts de varech, les herbiers marins, les habitats de carbone bleu polaires et en eaux profondes peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre dues au changement d'usage des sols et de la mer et maintenir d'importants puits de carbone s'ils sont correctement gérés. Par exemple, la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts peut contribuer à réduire les émissions anthropiques annuelles de gaz à effet de serre, avec des estimations de réduction des émissions allant de 0,4 à 5,8 GtCO₂e par an. À surface équivalente, certains écosystèmes sont des puits de carbone encore plus importants que les forêts ; par exemple, les mangroves peuvent séquestrer quatre fois plus de carbone que la forêt tropicale par unité de surface. La destruction et la dégradation sont également les premiers facteurs de la perte de biodiversité dans les écosystèmes terrestres et d'eau douce et les seconds dans les écosystèmes marins. Des co-bénéfices substantiels pour la biodiversité sont réalisables en inversant la destruction et la dégradation des écosystèmes naturels - en s'appuyant sur des réductions ambitieuses des émissions d’origine fossile comme condition préalable - avec des co-bénéfices adaptatifs pour les populations. Par exemple, les zones humides côtières et les récifs coralliens offrent une protection côtière contre les ondes de tempête et l'élévation du niveau de la mer, tandis que les zones humides contribuent à réduire les inondations.

(13) La restauration d'écosystèmes riches en carbone et en espèces sur terre et dans l'océan est également hautement efficace pour l'atténuation du changement climatique et la biodiversité, avec d'importants co-bénéfices d'adaptation. La restauration des écosystèmes offre des opportunités de co-bénéfices pour l'atténuation du changement climatique et la préservation de la biodiversité, qui sont maximisés si la restauration se produit dans les zones prioritaires pour les deux objectifs. La restauration fait partie des mesures d'atténuation climatique basées sur la nature les moins chères et les plus rapides à mettre en œuvre. La restauration des écosystèmes améliore également la résilience de la biodiversité face au changement climatique et fournit de multiples contributions de la nature aux populations telles que la régulation des inondations, l'amélioration de la qualité de l'eau, la réduction de l'érosion des sols et la pollinisation. La restauration des écosystèmes peut également offrir de multiples avantages sociaux tels que la création d'emplois et de revenus, en particulier si elle est mise en œuvre en tenant compte des besoins et des droits d'accès des peuples autochtones et des communautés locales. La restauration avec une variété d'espèces indigènes assure la résilience des écosystèmes face au changement climatique et présente des avantages pour la biodiversité, mais repose également sur de nouveaux assemblages d'espèces pour correspondre aux conditions climatiques futures.

(14) Les pratiques agricoles et forestières durables peuvent améliorer la capacité d'adaptation, renforcer la biodiversité, augmenter le stockage du carbone dans les sols et la végétation des terres agricoles et forestières et réduire les émissions de gaz à effet de serre. À l'échelle mondiale, il a été estimé que le système alimentaire est responsable de 21 % à 37 % du total des émissions anthropiques nettes de gaz à effet de serre en incluant les activités de pré- et post-production. Des mesures telles que la diversification des cultures et des espèces forestières plantées, l'agroforesterie et l'agroécologie améliorent la biodiversité et les contributions de la nature aux populations dans des paysages axés sur la production de nourriture, de fourrage, de fibres ou d'énergie. Ces mesures peuvent également réduire les pertes de production alimentaire ou de bois induites par le climat en augmentant la capacité d'adaptation. Cette capacité d'adaptation accrue est particulièrement importante compte tenu des événements extrêmes tels que les vagues de chaleur, les sécheresses, les incendies, les épidémies d'insectes, de ravageurs et de maladies qui devraient devenir plus fréquents et plus graves avec le changement climatique. On estime que l'amélioration de la gestion des terres cultivées et des systèmes de pâturage, comme la conservation des sols et la réduction de l'apport d'engrais, offre un potentiel d'atténuation du changement climatique de > 3 à > 6 GtCO₂e par an. Dans les forêts, un potentiel d'atténuation de 0,4 à 2,1 GtCO₂e par an a été estimé en préservant et en renforçant les stocks de carbone via une gestion durable. L'intensification agricole peut libérer des terres pour la préservation de la biodiversité en augmentant la productivité par unité de surface agricole (i.e. l'économie de terres), mais si cela n'est pas fait de manière durable, les effets négatifs de l'intensification sur l'environnement peuvent l'emporter sur les avantages de l’économie de terres. Les co-bénéfices pour le climat et la biodiversité des mesures ciblant la production de nourriture, de fourrage, de fibres ou d'énergie peuvent être considérablement améliorés par des mesures portant sur la demande telles que la réduction du gaspillage et des déchets et les changements d’habitudes alimentaires, en particulier dans les pays riches, vers des régimes alimentaires avec plus d’éléments d’origine végétale.

(15) La création d'infrastructures vertes dans les villes est de plus en plus utilisée pour l'adaptation au changement climatique et la restauration de la biodiversité avec des co-bénéfices d'atténuation du changement climatique. Le verdissement urbain, y compris la création de parcs urbains, de toits verts et de jardins urbains, réduit les effets d'îlot de chaleur urbain, renforce la biodiversité urbaine et améliore la qualité de vie, y compris le bien-être physique et mental. La séquestration et le stockage du carbone dans les arbres et les jardins urbains varient considérablement selon les villes et les lieux. Les jardins urbains peuvent fournir des compléments importants à l'approvisionnement alimentaire des citadins. Ces mesures sont particulièrement importantes à la lumière de la croissance rapide de la population urbaine.

(16) Dans les systèmes terrestres et marins, des possibilités existent pour combiner des mesures basées sur la nature et basées sur la technologie pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, tout en contribuant à la biodiversité. Les solutions au changement climatique combinant nature et technologie sur terre et sur mer n'en sont qu'à leurs balbutiements, mais peuvent apporter des co-bénéfices pour l'atténuation du changement climatique, l'adaptation et les co-bénéfices de la biodiversité. Par exemple, le pâturage sous les panneaux solaires peut augmenter les stocks de carbone du sol, et le pâturage ainsi que les cultures associées aux fermes solaires pourraient fournir de la nourriture. Des études indiquent également que la végétation sous les panneaux solaires peut fournir un habitat aux pollinisateurs, profitant ainsi aux terres agricoles voisines. Les cellules solaires photovoltaïques supportées à la surface des masses d'eau pourraient réduire l'évaporation des masses d'eau, ce qui pourrait être bénéfique pour les réservoirs hydroélectriques dans les régions arides, mais le photovoltaïque flottant aura également un impact sur les propriétés physiques, chimiques et biologiques de la masse d'eau, ce qui devrait être pris en compte lors de l'évaluation leur durabilité. L'éolien offshore en combinaison avec la production d'hydrogène peut être puissant pour l'atténuation si les impacts négatifs sur les espèces migratrices (par exemple, les oiseaux) peuvent être minimisés. Il a également été découvert que les turbines offshore créent des récifs artificiels, avec des effets bénéfiques sur la biodiversité marine.

Les mesures étroitement axées sur l'atténuation et l'adaptation au changement climatique peuvent avoir des impacts négatifs directs et indirects sur la nature et les contributions de la nature aux populations.

(17) Les actions entreprises pour atténuer le changement climatique en améliorant les puits de carbone des écosystèmes grâce à la biomasse, en plantant de vastes superficies de forêts ou de cultures pour de la biomasse énergie, peuvent avoir d'autres conséquences importantes pour le système climatique. Il est important que l’ensemble des conséquences climatiques des actions d'atténuation basées sur les terres, à court et à long terme, soient prises en compte lors de l'évaluation de leur contribution. Ces conséquences comprennent les effets induits par les changements dans les émissions de gaz à effet de serre autres que le CO₂, la réflectivité de la surface au rayonnement solaire (albédo), l'évapotranspiration et la concentration d'aérosols dans l'atmosphère, ainsi que les changements indirects d'usage des sols résultant d'une grande superficie forestière, ou l'expansion des cultures bioénergétiques. Ces effets peuvent soit renforcer soit neutraliser l'atténuation du changement climatique en fonction des détails de l'action entreprise, de sa situation géographique et de la période sur laquelle elle est mise en œuvre. Il y a actuellement un manque de reconnaissance formelle de bon nombre de ces effets dans les directives des projets d'atténuation de la CCNUCC, ce qui compromet la quantification complète de l'efficacité de l'atténuation.

(18) La plantation de cultures bioénergétiques (y compris des arbres, des graminées vivaces ou des cultures annuelles) en monocultures sur une très grande partie de la superficie totale des terres est préjudiciable aux écosystèmes, réduit l'offre de nombreuses autres contributions de la nature aux populations et entrave la réalisation de nombreux objectifs de développement durable. Les impacts négatifs résultent généralement de la compétition pour l'espace - y compris le déplacement d'autres utilisations des terres localement ou par le biais d'un changement indirect d'usage des sols ailleurs, avec des pertes de carbone et de biodiversité associées. Compte tenu de la nécessité de lutter contre la faim et de nourrir une population humaine croissante, les scénarios qui projettent des taux d'absorption annuelle de CO₂ pour les bioénergies d'ici 2050 (y compris le captage et le stockage du carbone) équivalents en ordre de grandeur au puits de carbone existant dans tous les écosystèmes terrestres dépassent les limites du déploiement durable des mesures d'atténuation basées sur les terres, étant donné la superficie (qui peut dépasser 1,5 fois la taille de l'Inde) requise pour le faire. La production végétale intensive de bioénergie peut affecter négativement la biodiversité et les services écosystémiques, y compris dans les écosystèmes terrestres, d'eau douce et marins adjacents par l'utilisation d'engrais et de pesticides ou en augmentant les prélèvements d'eau agricole, ce qui a également un impact sur la capacité humaine à s'adapter au changement climatique. Lorsque l'on considère une gamme de critères de durabilité (y compris la restriction des cultures bioénergétiques aux terres « marginales » et/ou l'exclusion de l'expansion dans les zones actuellement protégées), les études suggèrent des potentiels de déploiement de la bioénergie entre environ 50 et 90 EJ par an (par rapport au total mondial actuel production d'énergie d'environ 600 EJ par an), équivalant à environ 1-2,5 Gt CO₂ par an en termes de potentiel d'atténuation. Dans le cadre d'un portefeuille d'atténuation du changement climatique, parallèlement à des réductions prononcées et rapides des émissions de combustibles fossiles, ces niveaux de déploiement de cultures bioénergétiques dédiées à la production d'électricité ou de carburants peuvent offrir des co-bénéfices pour l'adaptation et la biodiversité.

(19) Le boisement, qui implique la plantation d'arbres dans des écosystèmes qui n'ont pas été historiquement des forêts, et le reboisement avec des monocultures, en particulier avec des espèces d'arbres exotiques, peuvent contribuer à l'atténuation du changement climatique mais sont souvent préjudiciables à la biodiversité et n'ont pas d'avantages clairs pour l'adaptation. La plantation d'arbres à grande échelle peut nuire à la biodiversité et à la production alimentaire en raison de la concurrence pour les terres. Cela peut entraîner des effets de déplacement (changement indirect d'usage des sols) soit au sein d'une région, soit dans le cas où l'utilisation des terres que les forêts remplacent est déplacée vers d'autres zones. Le boisement en particulier peut même réduire le stockage de carbone existant dans les écosystèmes, entraîner une perte supplémentaire de biodiversité et déplacer les populations locales ou restreindre leur accès à la terre et son utilisation. Les plantations d'une seule espèce peuvent augmenter les ravageurs et les maladies. Les plantations d'espèces exotiques ont souvent des impacts négatifs sur la biodiversité, sur la capacité d'adaptation et sur de nombreuses contributions de la nature aux populations non liées à la production de bois ou à la séquestration du carbone, surtout si les espèces plantées deviennent envahissantes. De plus, leurs bénéfices climatiques peuvent être compensés par le réchauffement local, notamment dans les régions boréales et tempérées, qui est induit par des échanges d'eau et d'énergie différents par rapport à la couverture terrestre qu'il remplace. Les affirmations récentes concernant des surfaces immenses disponibles pour l'expansion des zones forestières et les grands potentiels d'absorption de carbone associés sont probablement incorrectes et exagèrent considérablement ce qui est écologiquement et socialement réalisable. Les scénarios actuels utilisés par le GIEC ne font pas de distinction entre la repousse naturelle des forêts, le reboisement par plantation et le boisement de terres qui n'étaient pas auparavant arborées, ce qui rend difficile l'évaluation des impacts sur la biodiversité et constitue une lacune de connaissances qui doit être comblée.

(20) Les mesures basées sur la technologie qui sont efficaces pour l'atténuation du changement climatique peuvent constituer de graves menaces pour la biodiversité. Elles doivent être évaluées en fonction de leurs avantages et de leurs risques globaux. Les énergies renouvelables dans le secteur des transports et de l'énergie sont des options importantes pour atténuer le changement climatique, mais dépendent actuellement de l'extraction de minéraux sur terre et dans l'océan, par exemple les terres rares utilisées dans les éoliennes, les moteurs de voitures électriques et les batteries, et peuvent ne pas avoir de mécanismes propres de traitement des déchets et de réutilisation. Les grands impacts environnementaux et sociaux négatifs de l'exploitation minière des terres et des fonds marins pourraient être atténués par le développement de batteries alternatives et de produits à longue durée de vie, un système de recyclage efficace pour les ressources minérales, ainsi que des approches minières qui incluent de fortes considérations pour la durabilité environnementale et sociale. Les infrastructures d'énergie renouvelable telles que les parcs éoliens terrestres, les parcs éoliens offshore et les barrages sont souvent préjudiciables à la biodiversité en interférant avec les espèces migratrices, bien que beaucoup moins avec les éoliennes modernes. Les installations solaires qui nécessitent de grandes surfaces terrestres peuvent conduire au défrichement ou à la conversion de terres autrement gérées, ce qui peut directement détruire les habitats naturels ou augmenter la pression en faveur de l'intensification agricole. Pour être globalement efficace, le développement des énergies renouvelables bénéficiera de la prise en compte d'une économie circulaire et, en fin de compte, de la biodiversité (voir également le point clé 29).

(21) Les mesures techniques et technologiques qui sont étroitement axées sur l'adaptation au climat peuvent avoir des impacts négatifs importants sur la nature et les contributions de la nature aux populations, mais peuvent également être complémentaires des solutions basées sur la nature. Par exemple, les mesures techniques de gestion des inondations et des sécheresses, telles que la construction de barrages, ou de protection des côtes contre l'élévation du niveau de la mer, comme la construction de digues, sont particulièrement préoccupantes car elles ont souvent des impacts importants sur la biodiversité. Certaines mesures technologiques peuvent être particulièrement bénéfiques pour la biodiversité ; par exemple, les améliorations apportées à la technologie d'irrigation et aux techniques de gestion de l'eau peuvent renforcer la capacité des systèmes agricoles à s'adapter à un stress hydrique accru, compléter les mesures d'adaptation basées sur l'amélioration de la santé des sols et réduire la demande de prélèvement d'eau dans les rivières et les ruisseaux. Il y a un besoin urgent de mieux comprendre et prendre en compte les impacts des mesures techniques et technologiques ainsi que les complémentarités entre les solutions basées sur la nature. Les déplacements des populations humaines et des activités telles que l'agriculture et la pêche en tant que réponse adaptative au changement climatique devraient également avoir des impacts très importants sur la nature et les contributions de la nature aux populations qui devraient être pris en compte lors de l'élaboration de stratégies d'adaptation.

(22) Les mesures destinées à faciliter l'adaptation à un aspect du changement climatique sans tenir compte d'autres aspects de la durabilité peuvent dans la pratique être inadaptées et entraîner des effets néfastes imprévus. Par exemple, l'augmentation de la capacité d'irrigation est une réponse adaptative courante pour les systèmes agricoles exposés à des augmentations récentes ou prévues de la fréquence et de l'intensité des sécheresses. Cependant, une irrigation accrue conduit souvent à des conflits d'utilisation de l'eau, à la construction de barrages et à la dégradation à long terme des sols due à la salinisation. Pour éviter des réponses inadaptées, il est important de tenir compte de ces résultats inattendus, y compris lors de la mise en œuvre de solutions basées sur la nature. Il est également essentiel de prendre en compte les grandes incertitudes dans les futurs changements climatiques projetés et la dynamique des systèmes socio-écologiques. La nécessité d'aborder l'incertitude plaide en faveur d'approches de l'adaptation au climat qui mettent fortement l'accent sur la gestion des risques et des stratégies qui peuvent évoluer au fil du temps. Par exemple, il existe une grande incertitude dans les projections du futur stress hydrique pour les arbres dans de nombreux endroits en raison des incertitudes concernant les précipitations, les effets de l'augmentation des concentrations de CO₂ atmosphérique sur l'évapotranspiration et d'autres facteurs, de sorte que la promotion de forêts mixtes offre plus de flexibilité que la plantation en monoculture d’essences d'arbres résistantes à la sècheresse. Les stratégies d'adaptation climatique se concentrent trop souvent sur des actions qui manquent de flexibilité si la projection climatique ou la réponse projetée du système au changement climatique s'avèrent erronées.

(23) Lorsque des solutions basées sur la nature sont utilisées comme compensations carbone, elles sont plus efficaces lorsqu'elles sont appliquées sous réserve de conditions et d'exclusions strictes, et ne sont pas utilisées pour retarder les actions d'atténuation dans d'autres secteurs. Le concept de « compensations » utilisant des solutions climatiques naturelles a été proposé pour obtenir des réductions d'émissions précoces (en particulier à moindre coût) ou pour compenser les émissions continues des secteurs difficiles à décarboner ; ces compensations font de plus en plus partie des promesses d'émissions « zéro nettes ». Cependant, l'utilisation des compensations de carbone est de plus en plus surveillée en raison des défis de l'additionnalité, des problèmes de réductions d'émissions surestimées et de double comptage, des difficultés de suivi et de vérification, et de la permanence incertaine de ces actions, ainsi que des impacts potentiels sur l'équité sociale d'actions comme la plantation d'arbres à grande échelle. Idéalement, l'utilisation appropriée des compensations augmenterait les ambitions, améliorerait le financement de la nature et offrirait la possibilité de s'attaquer aux émissions résiduelles au milieu du siècle, sans créer les conditions d'une urgence insuffisante en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre actuellement. Ceci est particulièrement important étant donné que les solutions basées sur la nature sont probablement moins efficaces face à l'augmentation du changement climatique et de ses impacts. Des normes comptables claires appliquées de manière cohérente pour vérifier les compensations de carbone, ainsi que les limites de leur utilisation, nécessitent un accord international. L'inclusion d'exigences ou de sauvegardes de la biodiversité, plutôt que les seuls objectifs d'atténuation du changement climatique, pourrait aider à définir ces normes (pour les « compensations » de la biodiversité, voir le point clé 29).

Les mesures se concentrant étroitement sur la protection et la restauration de la biodiversité ont généralement d'importants avantages indirects pour l'atténuation du changement climatique, mais ces avantages peuvent être sous-optimaux par rapport aux mesures qui tiennent compte à la fois de la biodiversité et du climat.

(24) Les aires protégées sont un instrument important pour lutter contre la perte de biodiversité, avec des co-bénéfices d'atténuation et d'adaptation climatiques. La tendance dans la gestion de la préservation est de considérer un continuum allant des zones avec des niveaux élevés de protection, à travers des paysages partagés, à des paysages fortement dominés par l'homme. La mise en œuvre de paysages terrestres et marins appropriés à usage mixte grâce à une approche holistique, intégrée, consultative et adaptative peut maximiser les co-bénéfices dans la préservation de la biodiversité, l'atténuation du changement climatique et l'amélioration de la qualité de vie. Les emplacements optimaux pour la protection de la biodiversité ne coïncident pas nécessairement entièrement avec l'emplacement optimal pour la capture, le stockage et la séquestration du carbone terrestre, même s'il existe fréquemment une forte corrélation. Par exemple, la forêt tropicale humide et les forêts de mangrove sont deux écosystèmes biologiquement variés qui se caractérisent par des taux élevés de séquestration du carbone.

(25) La gestion active de la préservation, telle que la modification de la fréquence des feux de forêt ou la réintroduction d'espèces clés de voûte, peut être bénéfique à la fois pour la biodiversité et pour l'atténuation et l'adaptation au climat, mais elle peut être antagoniste dans certains contextes. La réduction de la masse de combustible avec les combustions régulières prévues ou une baisse plus importante peut réduire la gravité des incendies et maintenir la biodiversité dans les écosystèmes dépendants des incendies, mais la suppression des incendies peut fortement réduire la biodiversité endémique. Il a été démontré que la réintroduction d'espèces de mammifères clés de voûte est essentielle au rétablissement des processus écosystémiques et de la biodiversité. Les actions de gestion de la préservation ont généralement plus d'avantages mutuellement synergiques que de compromis antagonistes en ce qui concerne l'atténuation du changement climatique, mais il existe des exceptions importantes. Par exemple, l'inversion de l'empiètement anthropique de la brousse pour maintenir les espèces dépendantes du feu dans les latitudes subtropicales et tropicales peut avoir des impacts négatifs à court terme sur le stockage du carbone.

(26) L'obtention d'avantages synergiques et de compromis entre la préservation de la biodiversité, l'amélioration des services écosystémiques et l'atténuation du changement climatique dépend fortement de la façon dont les biomes, les utilisations des écosystèmes et les interactions sectorielles sont pris en compte. Il peut être impossible de réaliser des synergies gagnantes-gagnantes, ou même de gérer les compromis entre le climat et la biodiversité dans chaque portion d'un paysage, mais atteindre de multiples résultats durables devient progressivement plus réalisable à plus grande échelle d'un paysage. Ceci peut être obtenu grâce à l'utilisation d'approches de planification territoriale qui intègrent des objectifs multiples avec des mesures d'hétérogénéité spatiale. Dans l'ensemble, les preuves suggèrent davantage de bénéfices mutuellement synergiques que de compromis antagonistes entre les actions de préservation et les objectifs d'atténuation. Les rapports nationaux dans le cadre de la CCNUCC et de la CDB offrent une opportunité importante d'aligner les objectifs nationaux d'atténuation du changement climatique et de biodiversité.

(27) Les actions locales de préservation de la biodiversité peuvent être encouragées, guidées et hiérarchisées par des cibles et des objectifs mondiaux, tels que les intérêts climatiques. Chaque initiative locale compte, car les avantages de nombreuses petites mesures locales de biodiversité s'accumulent au niveau mondial. Par exemple, les solutions basées sur la nature dans les contextes urbains ne peuvent apporter individuellement qu'une petite contribution à l'atténuation mondiale du changement climatique et à la protection de la biodiversité, mais offrent de grands avantages pour la qualité de vie locale. Ensemble, les efforts apparemment modestes déployés par les villes et les gouvernements infranationaux pour améliorer la préservation de la biodiversité et l'atténuation du changement climatique peuvent apporter une contribution significative. La restauration des mangroves dans les zones côtières urbanisées est un exemple qui satisfait de multiples objectifs mondiaux en matière de biodiversité et de climat et améliore les contributions locales de la nature aux populations. Des messages trop simplifiés sur des solutions basées sur la nature à grande échelle telles que la plantation d'arbres risquent d'avoir des effets négatifs sur la biodiversité et les moyens de subsistance humains lorsque le contexte local n'est pas correctement pris en compte. L'élimination des subventions qui soutiennent les activités locales et nationales nuisibles à la biodiversité peut également contribuer à l'atténuation du changement climatique, par exemple, l'arrêt de la déforestation, de la surfertilisation ou de la surpêche.

(28) Les changements dans la consommation par habitant, les changements de régimes alimentaires et les progrès vers une exploitation durable des ressources naturelles, y compris la réduction des déchets post-récolte, pourraient apporter des contributions substantielles à la résolution de la crise de la biodiversité, à l'atténuation et à l’adaptation au changement climatique. De telles mesures du côté de la demande libèrent des surfaces de terre et d’océan qui peuvent être utilisées pour protéger la biodiversité (par exemple, reboisement, restauration des habitats côtiers, zones protégées) ou fournir des avantages d'atténuation du changement climatique (par exemple, reboisement et boisement, cultures bioénergétiques, parcs éoliens). D'importants bénéfices conjoints pour l'environnement et le bien-être humain émergent si les évolutions alimentaires sont fortement axées sur l’obtention d'une plus grande équité en matière de santé à l'échelle mondiale, conduisant à une redistribution de la consommation qui réduit la dénutrition ainsi que le gaspillage, le surpoids et l'obésité. Les choix du côté de la demande peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale, par exemple en diminuant la demande de viande de ruminants et de produits laitiers. L'évolution de la demande pourrait également aider à limiter les impacts négatifs de la pêche sur les sédiments et habitats végétalisés des fonds marins riches en carbone (chalutage) et sur le transport passif et actif descendant du carbone vers l'océan profond (extraction de biomasse de poisson et de krill). À l'échelle mondiale, on estime que la perturbation du carbone sédimentaire marin préalablement non perturbé par le chalutage libère l'équivalent de 15 à 20 % du CO₂ atmosphérique absorbé annuellement par l'océan. Un tel ordre de grandeur indique une lacune dans les connaissances sur la capacité de stockage du carbone des océans qui doit être comblée par de nouvelles recherches.

(29) Pour la biodiversité, le concept de compensations, la substituabilité au sein d’une liste d'actions possibles, peut introduire la flexibilité requise pour atteindre de multiples objectifs concurrents à l'échelle régionale, s'il est appliqué sous réserve de conditions et d'exclusions strictes. Le concept de compensation est déjà largement appliqué aux mesures de capture du CO₂ (point clé 23), mais moins pour la protection de la biodiversité. La compensation de la biodiversité est la pratique consistant à atténuer les impacts négatifs des développements sur la biodiversité (par exemple, exploitation minière, développement urbain/logement, expansion agricole) en restaurant la biodiversité ou en réservant des zones de protection, ailleurs dans des sites éloignés. Il existe 12 983 compensations pour la biodiversité répertoriées dans 37 pays, mais seulement un tiers des compensations pour la biodiversité ont démontré un respect du principe de « pas de perte nette » (PPN)4. En outre, les compromis entre les compensations de la biodiversité, l'atténuation du changement climatique et les autres contributions de la nature à l'homme ont rarement été évalués. Les conséquences négatives involontaires de la compensation sont susceptibles d'être évitées si les déconnexions entre les avantages locaux de la biodiversité, y compris les capacités d'adaptation au changement climatique, et les contributions de la nature avec des avantages lointains ou mondiaux sont prises en compte dans le processus de compensation avec l'objectif PPN. Les conditions d'efficacité pour la biodiversité incluent l'absence de remplaçabilité dans les aspects de la biodiversité et les objectifs d'action. Les mesures de préservation de la biodiversité sont spécifiques, locales et régionales, même lorsqu'elles contribuent à des objectifs mondiaux tels que l'atténuation du changement climatique (constatation clé 10). La substitution d'une action par une autre dans le domaine de la biodiversité est plus susceptible d'être synergique (davantage qu'un pur compromis) si elle est guidée par des principes de complémentarité.

4. Pas de perte nette : L'objectif des politiques de « pas de perte nette » pour la biodiversité est basé sur l’ambition de compenser la perte inévitable de biodiversité, le plus souvent due aux impacts des changements d'infrastructure et d'usage des sols, avec des gains équivalents de biodiversité ailleurs, par exemple à travers la restauration des écosystèmes ou les pratiques de gestion améliorées.

Traiter le climat, la biodiversité et la société humaine comme des systèmes couplés est la clé du succès des interventions politiques.

(30) La prise en compte explicite des interactions entre la biodiversité, le climat et la société dans les décisions politiques offre des opportunités pour maximiser les co-bénéfices et de minimiser les compromis et les effets préjudiciables conjoints (mutuellement nuisibles) pour les populations et la nature. La manière la plus appropriée de traiter le système complexe climat-biodiversité-social est de se placer dans une perspective de systèmes socio-écologiques. Une telle approche tient compte des compromis, des rétroactions, des effets de seuil et des interactions non linéaires entre les variables biophysiques et sociales à travers les échelles spatio-temporelles. Les considérations sociales alimentent et découlent des interactions climat-biodiversité. De plus, toutes les interventions visant à gérer les interactions climat-biodiversité ont des effets différentiels sur la bonne qualité de vie des populations, et ces interactions ont des implications importantes pour l'équité intra et intergénérationnelle. Le statu quo a consisté en une politique montrant peu d'intégration intersectorielle. Cependant, les progrès réalisés dans la compréhension de l'ampleur et de la direction spécifiques au contexte des interactions climat-biodiversité, ainsi que de leurs déterminants sociaux et de leurs implications, offrent des opportunités de considérer ces interactions de manière systématique, plutôt qu'exceptionnellement, lors de la prise de décisions politiques.

(31) Sous les effets de la perte de biodiversité et du changement climatique, des seuils (points de basculement) cruciaux (difficiles à inverser ou irréversibles) peuvent être dépassés avec de terribles conséquences pour les populations et la nature, mais des basculements sociaux positifs peuvent aider à atteindre des interactions biodiversité-climat souhaitables. Le dépassement des seuils peut entraîner des changements dans la fonction d’un écosystème. Par exemple, le changement climatique peut entraîner le dépassement des limites biophysiques des coraux ou la disparition des écosystèmes de banquise, entraînant des changements de régime pour les communautés dominées par les algues avec une fonction nettement différente. Le changement de biodiversité et le changement climatique peuvent interagir pour déplacer les points de basculement. Par exemple, les impacts négatifs du climat sur la biodiversité, en particulier dans les écosystèmes qui sont déjà proches de leurs points de basculement, peuvent diminuer la fonction de l'écosystème et le potentiel de stockage du carbone qui contribue de manière importante à l'atténuation du changement climatique. Ignorer le potentiel de compromis forts entre la biodiversité et le changement climatique résultant d'une action politique spécifique augmente le risque de dépasser les points de non-retour. Par exemple, le boisement qui se concentre uniquement sur la replantation d'espèces à fort potentiel de séquestration et de stockage de carbone peut nuire à la biodiversité et augmenter la probabilité d'un changement dans la fonction de l'écosystème. Le dépassement des points de basculement biodiversité-climat peut conduire au dépassement des limites et seuils socialement acceptables, par exemple, par une stabilité réduite des rendements des cultures qui déclenchent des crises alimentaires. Cependant, les points de basculement social ne sont pas tous préjudiciables. Les interventions pour un basculement social positif impliquent la diffusion rapide de technologies, de comportements, de normes sociales et une réorganisation structurelle. Les interventions ayant des impacts positifs sur le climat et la biodiversité comprennent le développement de la neutralité carbone dans les villes, la suppression des subventions aux combustibles fossiles, ou le renforcement de l'éducation au climat et à la biodiversité et l'engagement de la société civile dans la co-conception et la mise en œuvre de plans et de stratégies dans tous les secteurs visant à la résilience socio-écologique. Les interventions pour un basculement social peuvent aider à transformer les réponses sociales vers des interactions biodiversité-climat souhaitables. L'intensification des réponses sociales positives implique la prise en compte des relations de pouvoir et des rigidités typiquement inhérentes aux contextes de prise de décision politique et économique. Les positions des points de basculement sont des cibles mouvantes, en partie à cause de l'interconnexion du système climat-biodiversité-social.

(32) Lors de l’étude des interactions biodiversité-climat-société, il est important d'examiner comment les liens entre les décisions politiques et leurs conséquences se déroulent au fil du temps et comment ils agissent au-delà du contexte spatial spécifique. Par exemple, la restauration de divers écosystèmes à fort potentiel de stockage de carbone pourrait améliorer la biodiversité relativement rapidement, tandis que les avantages de la séquestration du carbone pourraient n'être réalisés que sur des échelles de temps plus longues. En outre, les propriétés de télécouplage, c'est-à-dire les externalités (effets éloignés, diffus et retardés) qui se manifestent loin du lieu de l'intervention, sont également courantes dans les contextes entremêlés de biodiversité, de climat et sociaux, et peuvent entraîner des résultats inattendus. Par exemple, la demande croissante de bioénergie dans le cadre des politiques d'atténuation du changement climatique d'une région peut entraîner des changements importants dans l'usage des sols d'autres régions. Les conséquences peuvent inclure l'expansion de la frontière agricole avec des implications négatives pour la biodiversité et les moyens de subsistance des petits agriculteurs.

(33) Évaluer la gamme de solutions viables (« espace des solutions ») pour atteindre les résultats escomptés en matière d'atténuation du changement climatique, d'adaptation et de préservation de la biodiversité, tout en contribuant positivement à la qualité de vie des populations, nécessite la reconnaissance des différences dans les contextes socio-écologiques. Comme les caractéristiques environnementales varient d'un endroit à un autre, les motivations, les intérêts, les préférences et les valeurs diffèrent également selon les sociétés et les cultures. Il est fondamental d'identifier des interventions qui sont universelles dans leurs intentions, mais suffisamment flexibles et adaptables pour s'adapter à différents contextes socio-écologiques, y compris les structures de gouvernance. Les interventions politiques conçues dans le cadre de transitions durables équitables et justes peuvent minimiser les effets négatifs des actions politiques, en incluant de justes mécanismes de compensation pour promouvoir la distribution équitable des avantages et des coûts qui peuvent résulter de l'action politique. Ceci, à son tour, nécessite des mécanismes de délibération et de négociation solides et transparents, incluant toutes les parties prenantes concernées, et qui peuvent traiter les relations de pouvoir inégales entre ces parties prenantes.

(34) En présence de compromis forts et apparemment inévitables au sein des connexions sociétales biodiversité-climat, la promotion d'interventions pour un basculement social pour modifier les manières dont la société et la nature interagissent peut être une solution conjointe viable. Cela peut impliquer la redistribution des bénéfices et des coûts des actions et, plus profondément encore, une mutation collective des valeurs individuelles et partagées concernant la nature. Un exemple est de passer d'une conception du progrès économique basée uniquement sur la croissance du PIB, à une conception du développement humain basée sur la richesse inclusive et qui considère les multiples valeurs de la nature pour une bonne qualité de vie sans dépasser les limites biophysiques et sociales. Un autre exemple est la reconnaissance externe des territoires et aires protégés par les peuples autochtones et les communautés (APAC), initiés, conçus et régis par les communautés autochtones. Alors que les APAC peuvent être conçues pour soutenir les moyens de subsistance, le bien-être et les valeurs culturelles et spirituelles, elles peuvent conduire à la préservation des écosystèmes naturels et modifiés, de leur biodiversité et des avantages associés, y compris les avantages climatiques.

Un changement en profondeur dans la gouvernance des systèmes socio-écologiques peut aider à créer des voies de développement résilientes pour le climat et la biodiversité.

(35) Alors qu'il existe des solutions intégrées pour les connexions biodiversité-climat présentant également des co-bénéfices en termes de développement durable et de satisfaction des besoins fondamentaux des populations pauvres et vulnérables, la gouvernance et le financement de ces approches de connexion sont difficiles. Les solutions basées sur la nature et autres sont davantage susceptibles d'être efficaces lorsqu'elles sont mises en œuvre de manière intégrée et socialement équitable, mais peuvent présenter des problèmes en termes de conception et de mise en œuvre. Les systèmes de gouvernance existants manquent souvent de mécanismes efficaces pour améliorer l'intégration entre le climat et la biodiversité, et entre les échelles internationale, nationale et infranationale. Dans l'ensemble, l'intégration de la biodiversité dans la politique climatique et vice versa, et des deux réunis dans les initiatives visant à faire progresser le développement humain et la bonne qualité de vie, reste limitée à de nombreuses échelles et dans de nombreux secteurs, bien que certaines initiatives prometteuses émergent, telles que les approches juridictionnelles, des combinaisons de politiques expérimentales et des approches fondées sur les droits.

(36) Un résultat clé pour une gouvernance intégrée réussie du climat, de la biodiversité et de la bonne qualité de vie sera d'aider à identifier des solutions d'intendance qui offrent les co-bénéfices les plus élevés tout en évitant les compromis. Identifier comment les approches intégrées à travers les actions de protection, restauration, gestion, création, adaptation et transformation peuvent être encouragées et soutenues est une préoccupation majeure. De nombreux co-bénéfices et synergies existent entre les politiques et actions en matière de biodiversité et de climat, mais de potentiels compromis négatifs pour la nature, le climat ou le bien-être humain et une bonne qualité de vie sont également possibles. Les systèmes de gouvernance qui utilisent une perspective systémique peuvent aider à gérer les compromis et à s'adapter au risque, grâce à des mécanismes tels que la gestion adaptative, l'évaluation réflexive et l'apprentissage social.

(37) La gouvernance basée sur les objectifs est désormais la norme pour le climat, la biodiversité et le développement durable, mais elle peut engendrer des défis dans la mise en œuvre. Par exemple, dans le domaine de la biodiversité, l'établissement d'objectifs reposant uniquement sur la réalisation d'objectifs d'aires protégées par zone a peu de chances de réussir, étant données les pressions du changement climatique. Des mécanismes flexibles et adaptatifs fonctionneraient plus efficacement dans le cadre d'approches basées sur des objectifs, tels que les objectifs de développement durable (ODD) ou l'Accord de Paris. Des objectifs mondiaux alignés sur les valeurs, les capacités et les contextes locaux, et l’ajustement progressif de leur ambition au fil du temps, peuvent aider à affermir la gouvernance.

(38) Les gouvernances multi-acteurs et multi-échelles sont des approches appropriées pour la gestion des « paysages » multifonctionnels à différentes échelles. L'impératif d'une action rapide à la fois sur le changement climatique et la perte de biodiversité plaide pour que les modèles de gouvernance aillent au-delà des approches étatiques pour adopter des solutions plus collaboratives. Pour de telles contraintes, l'engagement d'un large éventail d'acteurs, le respect de valeurs multiples, s'appuyant sur différents systèmes de connaissances, une gouvernance polycentrique et la résolution des déséquilibres de pouvoir entre les acteurs sont tous des éléments d'une solution au défi de la gouvernance et à la nécessité d'un changement en profondeur.

(39) Le changement en profondeur peut se produire en utilisant des points de levier dans les systèmes socio-écologiques qui modifient les trajectoires futures. Les points de levier critiques incluent l'exploration de visions alternatives de la notion de bonne qualité de vie, une nouvelle façon de penser la consommation et les déchets, le changement des valeurs liées à la relation homme-nature, la réduction des inégalités et la promotion de l'éducation et de l'apprentissage. Les perturbations sociétales mondiales causées par la crise de la pandémie de COVID-19 ont mis en évidence l'importance d'une voie à suivre plus résiliente, durable et transformatrice, ne laissant personne de côté.

(40) De meilleurs outils pour la planification et la modélisation de scénarios multisectoriels peuvent aider à tracer les voies pour atteindre simultanément les objectifs de développement durable, de l'Accord de Paris et du Cadre mondial pour la biodiversité post-2020 à moyen et long terme. Afin d'être robustes et pour que leurs trajectoires identifiées soient applicables, les outils de décision doivent reconnaître différentes visions d'une bonne qualité de vie et d'avenirs alternatifs positifs pour la nature et le climat. À la lumière de la complexité des écosystèmes et de leurs réponses et dynamiques, les scénarios qui décrivent l'avenir de la nature et des Hommes ne sont pas aussi avancés que ceux développés pour les futurs climatiques, et les politiques climatiques ne sont généralement pas évaluées par rapport aux scénarios de biodiversité. Cela limite la confiance dans l'efficacité des mesures de préservation et des possibilités d'adaptation, ainsi que la quantification des vulnérabilités, des risques, des compromis et des synergies entre les différentes politiques.

(41) Atteindre l'échelle et la portée du changement en profondeur nécessaire pour atteindre les objectifs de la CCNUCC et de la CDB et les objectifs de développement durable repose sur des actions rapides et de grande envergure, d'un genre jamais tenté auparavant. Cela s'appuie sur un engagement non seulement des pays à travers des actions dans leurs territoires nationaux, mais aussi sur des coalitions émergentes et des modèles de gouvernance à tous les niveaux. Cela comprend de nouveaux calendriers intégratifs alignant tous les acteurs, privés et publics, à l'appui d'actions visant à protéger la biodiversité, à réduire les impacts du changement climatique et à parvenir à un développement durable. Les éléments identifiés de changement en profondeur peuvent inclure des incitations et un renforcement des capacités efficaces, une coopération améliorée entre les secteurs et les juridictions, des actions anticipatives et préventives, une prise de décision inclusive et adaptative, et une politique et une mise en œuvre environnementales renforcées. Les chemins résilients pour le climat et la biodiversité permettant une prise de décision dirigée, anticipative et itérative constituent une telle approche pour atteindre les objectifs à long terme des ODD, l'Accord de Paris et le Cadre mondial pour la biodiversité post-2020, et pour mettre la société sur la voie d'une vision positive d'une bonne qualité de vie en harmonie avec la nature.